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Grèves à répétition des étudiants des universités malgaches : Un cercle vicieux entre irresponsabilité et surenchère

Cris de colère, banderoles déployées, universitaires bloqués… Depuis plusieurs années, ce spectacle se répète inlassablement sur les campus malgaches. En 2022, pas moins de 4 universités ont été paralysées par des grèves estudiantines contre le non-paiement des bourses. Un mouvement de protestation qui n’a rien de neuf, mais symbolise à lui seul le cercle vicieux dans lequel l’enseignement supérieur local semble s’enferrer. Derrière ce sempiternel bras de fer entre étudiants et autorités se cachent pourtant des problèmes systémiques profonds. Dans cet article, nous allons tenter de démêler les rouages de cette crise récurrente, et proposer des pistes de solution pour en sortir durablement.

 

Un système défaillant : Entre irresponsabilité étatique et opacité budgétaire

Pointée du doigt à chaque nouvelle grève, l’irresponsabilité chronique de l’État dans la gestion des bourses estudiantines est la première fissure béante de ce système à bout de souffle. Année après année, ce sont en effet les mêmes constats accablants qui s’accumulent.

 

L’État malgache : un mauvais payeur chronique

Les retards de paiement, d’abord, sont devenus la norme scandaleuse. En 2022, de nombreux étudiants n’avaient toujours pas perçu leur bourse après 3 à 4 mois de l’année universitaire écoulés ! Une situation ubuesque qui se répète pourtant sans discontinuer depuis une décennie au moins. Comme si le versement de ces allocations censées permettre aux jeunes d’étudier décemment n’était qu’un mal nécessaire pour l’État…

Mais ce manquement récurrent des pouvoirs publics pose aussi de sérieuses interrogations sur l’opacité dans la gestion budgétaire des bourses. D’où viennent réellement ces retards à répétition ? De réels problèmes de trésorerie ? Ou une négligence coupable, voire même des détournements de fonds éhontés ? Le manque criant de transparence alimente fatalement les suspicions.

 

Des universités complices d’un système opaque

Si l’État malgache pèche par son irresponsabilité notoire, les universités ne sont pas non plus totalement blanches dans ce dossier. Loin s’en faut ! En tant que greffiers du système, elles valident les listes d’étudiants boursiers et transmettent les données aux autorités pour débloquer les paiements. Or, de lourds dysfonctionnements procéduraux semblent aussi entacher leur rôle.

Retards chroniques dans l’établissement des documents, erreurs dans les listings d’ayants-droit, fichiers incomplets… Autant de failles administratives qui contribuent à la pagaille générale. Sans parler du manque criant de communication de la part des universités pour informer les étudiants sur l’état d’avancement des dossiers. Un déni de transparence de plus qui alimente la défiance.

En somme, il semble bien que cette crise des bourses d’études reflète les carences d’un système public rongé par l’irresponsabilité généralisée et une opacité délétère. Un cercle vicieux administrative kafkaïen dont les premières victimes sont, une fois de plus, les étudiants.

 

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Des bourses insuffisantes face à la réalité des coûts de la vie

Mais même en mettant de côté les défaillances systémiques du dispositif actuel, force est de constater que le montant même des bourses d’études représente la principale pomme de discorde. En total décalage avec la réalité du terrain, ces allocations conduisent immanquablement les étudiants dans une impasse financière.

 

Un montant de bourse dérisoire qui ne couvre pas les besoins vitaux

Les chiffres parlent d’eux-mêmes : à l’Université d’Antananarivo, la bourse culmine à 48 400 ariary mensuels pour un étudiant en Master 2 ! Alors qu’un loyer modeste dans la capitale exige déjà de débourser aux alentours de 200 000 à 450 000 ariary… Sans compter les frais de transport, de nourriture et de matériel indispensables pour suivre les cours convenablement.

Quant aux 30 000 ariary perçus par les étudiants de Licence, ce pécule se révèle carrément insuffisant pour joindre les deux bouts. Inutile de détailler davantage : avec de tels montants dérisoires, l’appellation même de « bourse » confine à l’insulte, quand on connaît le coût réel de la vie étudiante !

La conséquence directe ? De nombreux boursiers se voient contraints de cumuler des petits boulots précaires en parallèle pour tenter de survivre. Ou pire, de s’endetter lourdement auprès de leur entourage ou pire, se prostituer. Une double peine qui, en plus de la galère financière, vient gruger leur temps d’étude et compromettre leur réussite académique. Un véritable cercle vicieux dont ils peinent à s’extraire…

 

Une demande d’augmentation des bourses non prise en compte

Inévitablement, cette situation alimente depuis des années les revendications estudiantines pour une revalorisation conséquente du montant des bourses. Pourtant, malgré les mouvements de grève récurrents, les autorités persistent à rester de marbre face à ces demandes plus que légitimes.

Comment ne pas comprendre le ras-le-bol et la frustration de ces jeunes, contraints de batailler sans cesse pour un droit fondamental ? Surtout quand, dans le même temps, le budget annuel de la Présidence ou de l’Armée dépasse allègrement celui alloué à l’Enseignement supérieur… Une comparaison peu flatteuse qui en dit long sur les véritables priorités de l’État !

Résultat, la colère nourrit un cercle vicieux de défiance réciproque. Les décideurs restent sourds, les étudiants cognent du poing sur les tables en se sentant méprisés. Et pendant ce temps, c’est tout le système éducatif insulaire qui paye un lourd tribut.

En clair, le problème ne se résume pas qu’à un simple ajustement comptable. C’est bien une question de vision et de volonté politique qui se pose pour l’avenir des jeunes Malgaches !

 

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Des étudiants pris en otage : entre revendications légitimes et surenchère

On ne peut que compatir devant la situation inextricable dans laquelle les étudiants malgaches se retrouvent acculés. Faute d’obtenir gain de cause par les voies officielles, ils n’ont d’autre choix que de battre le pavé pour se faire entendre.

 

Des grèves comme seul recours face à un système sourd

Que faire quand les revendications les plus élémentaires se heurtent à un mur d’indifférence ? Percevoir des bourses décentes et surtout régulières constitue pourtant un minimum vital, à la base de toute la chaîne éducative. Mais les appels désespérés des campus à plus de considération se perdent inlassablement dans le désert administratif…

Dans ce contexte, le recours aux grèves et mouvements de protestation représente la dernière cartouche pour ces jeunes. Un ultime levier de pression, certes dérangeant mais hélas indispensable pour se faire enfin entendre. Même si les répercussions commencent à peser lourd sur leur année académique et leur avenir.

Car bloquer ainsi les universités pendant des semaines ne reste jamais sans conséquence. Décalage des calendriers, retards de programmes, reports d’examens… Autant d’à-coups qui risquent de grever durablement leurs parcours et leur insertion professionnelle future. Un sacrifice dont ils mesurent pourtant la dureté, faute d’alternative.

 

Des surenchères et des exigences croissantes qui complexifient le dialogue

Mais les choses se compliquent encore quand certaines franges radicales en viennent à durcir le mouvement. On assiste alors à une dérive continue des revendications vers des exigences de plus en plus élevées et diffuses.

Outre l’amélioration des bourses, ce sont alors pêle-mêle des demandes de rénovation d’infrastructures délabrées, de réinvestissement massif dans l’enseignement supérieur ou même de réformes institutionnelles profondes qui sont mises sur la table. Un dérapage certain, voire une récupération politique qui complique singulièrement l’obtention d’un compromis.

Rien d’étonnant à ce que le dialogue de sourds persiste dans ces conditions. Comment les autorités pourraient-elles raisonnablement satisfaire un tel foisonnement de doléances ?  Il devient alors urgent d’appeler les représentants étudiants les plus raisonnables à la table des négociations. Pour resserrer le débat autour de revendications ciblées et réalistes, dans un esprit apaisé et de bonne foi.

En somme, les campus malgaches s’enlisent un peu plus chaque année dans ce bourbier où les revendications initiales, si légitimes soient-elles, finissent par se perdre dans les surenchères et les logiques d’affrontement stérile. Un piège dont il faudra tôt ou tard sortir !

 

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Briser le cercle vicieux : Vers des solutions durables

On l’aura compris, la situation actuelle relève d’un entremêlement de facteurs où chaque partie prenante porte sa part de responsabilité. Mais plutôt que de se rejeter indéfiniment la faute, mieux vaut se concentrer sur des pistes de solution concrètes pour en finir avec ce psychodrame récurrent.

 

Renforcer la transparence et la responsabilité dans la gestion des bourses

La première urgence consiste à rétablir la confiance par un assainissement complet du système. Trop d’opacités et de manquements ont entaché la gestion des bourses ces dernières années. Il est désormais impératif d’exiger des comptes !

Cela passe d’abord par des publications détaillées sur les lignes budgétaires réellement allouées, ainsi que des audits stricts sur l’utilisation de ces fonds. Que les chiffres soient mis sur la table, une bonne fois pour toutes ! Et qu’en cas d’irrégularités avérées, les sanctions les plus lourdes soient prononcées, sans complaisance aucune.

Parallèlement, renforcer les dispositifs de traçabilité et de suivi des flux financiers s’impose. De la constitution des listings d’ayants-droit jusqu’aux décaissements finaux, tous les rouages doivent être sécurisés et contrôlés en toute transparence. Une remise à plat salutaire pour conjurer les vieux démons !

 

Revaloriser les bourses d’études pour répondre aux besoins réels

Mais au-delà de cette mise au clair indispensable, les autorités se doivent aussi d’agir sur le fond en révisant substantiellement le montant des bourses. Une nécessité criante quand on mesure l’écart sidéral avec la réalité du terrain !

La première étape consistera à mener une vaste étude pour quantifier précisément les coûts de la vie étudiante. Loyers, transports, frais de dossiers, alimentation… Tous les postes devront être minutieusement chiffrés pour déterminer un niveau de bourse réellement viable. Exercice délicat, mais indispensable pour redonner du sens à ce dispositif.

Ensuite, il conviendra de baser la revalorisation non plus sur des montants figés, mais sur un système de calcul dynamique. Les barèmes devraient ainsi être revus chaque année pour s’ajuster à l’évolution du coût de la vie et du taux d’inflation, de manière pérenne. Une souplesse budgétaire qui évitera de retomber dans l’ornière actuelle.

 

Améliorer la communication et la concertation

Dernière piste mais non des moindres : rétablir les canaux de dialogue pour créer un climat de confiance entre toutes les parties prenantes. Fini le temps des décisions unilatérales et des bras de fer stériles !

Un cadre de concertation permanent doit être instauré, impliquant représentants étudiants, autorités universitaires et ministères de tutelle. Un espace d’échanges continus où seront abordées toutes les questions relatives aux bourses : montants, critères d’éligibilité, paiements, etc. Loin des connivences opaques, cette structure fonctionnera en toute transparence, avec une communication proactive envers le grand public.

Mieux, les étudiants ne seront plus de simples bénéficiaires passifs mais de véritables acteurs ! On leur donnera voix au chapitre pour la définition des politiques, procédures, et autres mesures les concernant au premier chef. Une avancée décisive pour restaurer la sérénité et mettre fin aux vieux schémas délétères.

En somme, sortir de ce bourbier nécessitera un choc de transparence, de responsabilisation mais aussi de considération. Seul ce changement de paradigme global permettra de bâtir enfin un système apaisé et vertueux pour cette jeunesse insulaire, mais aussi pour l’avenir de tout le pays !

 

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L’enseignement supérieur malgache au bord de l’implosion

À bien y regarder, le feuilleton sans fin des grèves estudiantines à Madagascar n’est que le symptôme criant d’un mal autrement plus profond et systémique. Comme un abcès purulent, ce psychodrame universitaire ne fait que laisser suinter un éternel déficit de considération.

Car n’en déplaise aux discours officiels et autres belles promesses, l’enseignement supérieur national semble bien être la dernière des priorités réelles de l’État. Un simple jeu de chiffres suffit à le démontrer : les budgets annuels de la Présidence ou de la Défense dépassent allègrement celui alloué aux universités et à la recherche ! Un cruel manque d’ambition pour cette jeunesse insulaire, censée incarner l’avenir.

Pire, les quelques miettes accordées finissent rongées par l’irresponsabilité ambiante et l’opacité dévorante du système. Personne ne semble réellement s’acquitter de son rôle : ni les autorités payeuses défaillantes, ni les universités complices d’une logistique kafkaïenne, et encore moins les étudiants happés par la surenchère revendicative. Un cercle vicieux administratif qui n’a d’égal que l’abdication généralisée de tous les acteurs !

Mais plutôt que de se lamenter, il est désormais vital de prendre la mesure du désastre annoncé si rien n’est fait. Un naufrage programmé pour tout le navire « Jeunesse et Savoir », par une fuite ouverte aussi dommageable que bête et méchante. Il appartient donc collectivement de réagir, vite et fort !

Remettre la transparence et la responsabilité au cœur du système. Revaloriser significativement les bourses pour en faire de véritables tremplins, et non plus des boulets. Refonder le dialogue et la co-construction, par le respect mutuel de tous les acteurs. Autant de chantiers herculéens, certes, mais qui constitueront à n’en pas douter le plus gros investissement sur l’avenir.

Epargner aux générations futures ces erres interminables de gâchis éducatif, de promesses trahies et de grincements de dents stériles. Leur offrir de grandir dans une nation qui les considère enfin comme sa plus précieuse des ressources, à chérir et à choyer par-dessus tout ! Voilà le défi de ce siècle à relever de toute urgence.

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