Dans les rues d’Antananarivo, capitale de Madagascar asphyxiée par les interminables embouteillages, flotte désormais le rêve d’un avenir plus fluide et délesté des nuisances automobiles. Le remède à ce calvaire quotidien ? Un réseau de téléphérique ultramoderne. Mais entre espoirs et désillusions, le chemin apparaît d’ores et déjà bien cahoteux pour ce mode de transport aérien promis à révolutionner la mobilité urbaine.

Car les essais techniques peinent encore à démarrer, soulevant moult interrogations. Bien-pensants comblés ou véritable gouffre financier ? Progrès ou trahison du patrimoine ? L’épineuse équation divise les habitants d’Antananarivo autant qu’elle la passionne.

 

Essai technique : un démarrage laborieux

Lancé dans un tourbillon d’espoirs et de défis logistiques, le premier essai technique du futur téléphérique tananarivien peine à convaincre pour l’instant. Programmés dans un premier temps pour mars dernier, les premiers tests grandeur nature n’ont pu être réalisés que ce jour.

Des contretemps qui, bien que mineurs, n’en révèlent pas moins les écueils à surmonter avant une inauguration définitive, prévue avant la fête nationale. À commencer par l’épineuse question de l’alimentation électrique d’un réseau aussi gourmand en énergie. Un défi de taille alors que les coupures intempestives de la compagnie JIRAMA sont récurrentes dans la capitale !

C’est aussi tout l’enjeu de la maintenance et de l’entretien qui agite la communauté des ingénieurs. Sous les cieux tananariviens, qui pourra garantir le bon fonctionnement de ces installations sur le très long terme ? Un aléa de trop pour tranquilliser les futurs usagers tentés par cette nouvelle mobilité aérienne.

 

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Financement et accessibilité : des questions non résolues

Mais au-delà de ces défis logistiques, ce sont aussi de véritables interrogations économiques et financières qui taraudent toujours les esprits.  Dans ce pays en proie aux difficultés, qui paiera pour l’entretien et la pérennisation du téléphérique une fois la construction achevée ?

Les 152 millions d’euros investis seront-ils rentabilisés si les tarifs d’accès, aujourd’hui estimés entre 3 000 Ar et 4 000 Ar l’aller simple, s’avèrent bien trop élevés pour la majorité des habitants ?

À ce rythme, seule une infime minorité des Tananariviens pourrait se permettre d’emprunter régulièrement ce mode de transport révolutionnaire. Un écueil déjà dénoncé par les détracteurs qui n’y voient qu’un luxe par les airs, une chimère technologique creusant un peu plus les inégalités béantes de la société malgache.

Un pari ambitieux certes, mais dont l’accessibilité réelle et la viabilité économique restent plus qu’incertaines à l’heure actuelle. Une ombre qui pourrait bien faire déchanter les rêveurs du progrès…

 

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Modernité versus traditions : un choix crucial pour Antananarivo

Cependant, les débats les plus passionnés ne concernent peut-être pas ces simples entraves techniques ou financières. Au cœur des controverses autour du téléphérique, c’est un véritable choc des visions pour l’avenir de la capitale qui se joue.

D’un côté, les adeptes de la modernité ultra-connectée, séduits par la promesse d’une ville décongestionnée, fluide, intégrée dans une ère « smart ». Des partisans pour qui les retombées économiques, la baisse de la pollution ou encore la création d’emplois priment sur le reste.

Face à eux, d’autres voix s’élèvent pour dénoncer un projet dénaturant complètement l’âme et le charme si singuliers d’Antananarivo. Pour ces gardes cantonnés de la tradition, ces câbles et ces pylônes métalliques défigurent irrémédiablement la Ville des Mille en sapant son précieux caractère historique.

Un dilemme cornélien entre progrès et préservation du patrimoine, qui déchire la société tananarivienne toute entière. Le signe, peut-être, que cette ville bouillonnante va devoir faire un choix définitif pour son futur.

 

En conclusion…

Retards à répétition, écueils techniques, polémiques et interrogations économiques… Le lent et délicat accouchement du téléphérique d’Antananarivo résume à lui seul les immenses défis à relever pour la capitale malgache. Entrer de plain-pied dans la modernité en innovant ? Ou bien rester fidèle à ses traditions séculaires en préservant son riche patrimoine ?

Un choix cornélien et existentiel se profile pour cette ville à la croisée des chemins. Encore faudra-t-il s’accorder sur la route à prendre pour ne pas se fourvoyer totalement. Aux Tananariviens de se positionner et de suivre avec la plus grande attention l’évolution de ce dossier ô combien clivant.

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