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Ranavalona 1ère : La reine au grand coeur

Rares sont les figures historiques à avoir marqué l’âme d’une nation avec une telle force que Ranavalona Ière. Encore appelée Rabodonandrianampoinimerina ou Ramavo, cette souveraine hors du commun aura réussi l’exploit de graver à jamais son empreinte dans la fierté du peuple malgache. Car derrière les légendes noires qui masquent parfois son règne se dessine la stature d’une grande reine visionnaire, patriote jusqu’au bout des ongles. Une bâtisseuse d’exception qui n’aura eu de cesse de protéger l’intégrité de son royaume contre les visées coloniales, tout en le hissant vers la modernité.

 

LA pierre angulaire d’une identité nationale

À l’heure où les puissances européennes tentaient d’asseoir leur domination sur la grande île, Ranavalona Ière demeurait l’increvable gardienne des traditions séculaires de la culture malgache. Protectrice d’un héritage spirituel et sociétal que les missions chrétiennes menaçaient d’effacer, elle n’eut de cesse de réaffirmer cette fière identité forgée au fil des siècles par ses glorieux ancêtres.

Son insoumission face aux diktats des colons en dit long sur cette détermination à préserver l’indépendance de Madagascar. Une farouche opposition qui puisait sa force dans la conscience aiguë que son règne incarnait la dernière digue face au raz-de-marée de l’acculturation. Le destin d’une nation, sa souveraineté, tout se jouait dans cette lutte acharnée !

 

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Une guidance éclairée pour la modernisation du royaume

Mais loin de se cantonner à un conservatisme obtus, Ramavo avait parfaitement compris la nécessité de faire entrer son royaume dans la modernité pour le prémunir des appétits coloniaux. Un défi qu’elle releva avec une remarquable clairvoyance, en favorisant l’essor économique et l’industrialisation accélérée de Madagascar.

Pour mener à bien ces avancées techniques et scientifiques décisives, elle n’hésita d’ailleurs pas à s’appuyer sur certains Européens de passage. À l’instar de l’ingénieur français Jean Laborde, dont les talents furent mis à profit pour développer armurerie, verrerie et toute une panoplie de savoir-faire modernes.

Une ouverture d’esprit quasi paradoxale pour celle qui, dans le même temps, combattait avec tant d’ardeur l’influence occidentale sur son île ! Mais tel était bien le pragmatisme d’une dirigeante cherchant par tous les moyens à bâtir un royaume malgache puissant et respecté.

 

Une adversaire redoutable face aux visées coloniales

Si Ranavalona Ière ou Rabodonandrianampoinimerina fut une bâtisseuse d’exception, elle n’en demeura pas moins une farouche guerrière lorsqu’il s’agissait de défendre l’intégrité de son royaume. Les visées expansionnistes des puissances européennes se heurtèrent à une résistance de fer dans l’amour inébranlable que la reine vouait à sa Grande Île.

Une opposition acharnée qui se mua en véritable offensive contre la menace d’acculturation représentée par les missions chrétiennes. Perçues comme la lame d’un sinistre complot visant à détruire les traditions séculaires de la culture malgache, les Églises et leurs ouailles converties se virent impitoyablement pourchassées. Une répression sanglante dont l’écho résonne encore aujourd’hui dans les légendes, mais qui n’était que le prix à payer pour sauvegarder l’âme d’une nation.

 

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L’héritage d’une reine bâtisseuse

Au terme de son règne de 33 années, Ranavalona Ière aura ainsi légué à Madagascar bien plus qu’un riche patrimoine de modernisation économique et technique. À ses compatriotes désormais unifiés sous la bannière d’un royaume malgache fort et respecté, elle aura aussi et surtout transmis un indéfectible sentiment de fierté.

Un précieux héritage de courage et de détermination à ne jamais se laisser marcher sur les pieds. À braver toutes les adversités, jusqu’aux tentatives d’anéantissement, pour afficher son droit imprescriptible à faire entendre la voix d’un peuple majeur.

Voilà peut-être le plus grand legs de cette illustre souveraine : avoir réussi à insuffler dans les cœurs une confiance, une foi inébranlable dans l’avenir. Par son insoumission et son patriotisme ardent, Ranavalona Ière aurait redonné aux siens cette flamme vitale, ce refus de la résignation si nécessaire pour se rebâtir.

 

La grande reine calomniée

Mais qui sont donc ces voix pour autant déverser tant d’opprobre sur l’héritage de Ranavalona Ière ? D’où viennent ces légendes noires qui, encore aujourd’hui, persistent à noircir les pages de l’Histoire de Madagascar ?

La réponse ne fait que peu de doutes : derrière ces calomnies se cachent d’abord les anciens colonisateurs français. Outrés de voir leur emprise contestée avec tant de vigueur, ces derniers n’auront eu de cesse de diaboliser celle qui incarnait la fierté d’un peuple libre et insoumis.

Mais leur entreprise de diffamation n’aurait pu pleinement prospérer sans le concours, bien involontaire, d’une frange de l’Église malgache. En effaçant les épisodes de persécutions dans un souci de paix sociale, cette dernière participa à forger l’image trompeuse d’une reine sanguinaire. Alors qu’elle n’était, au fond, qu’une protectrice de la culture malgache et une âme compatissante au grand cœur.

 

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Une reine encore vénérée de nos jours

Peu de souverains auront ainsi marqué les esprits et les âmes de leurs sujets avec une telle force que Ranavalona Ière. La ferveur qui entoure encore sa mémoire à Madagascar en témoigne, elle qui continue d’être vénérée à travers de nombreux rituels ancestraux.

On la célèbre dans les doany (lieux sacrés) érigés en son honneur à Ambohimanga Rova ou Anosimanjaka, où les fidèles viennent quérir sa bénédiction en déposant offrandes et présents. Rouge à lèvres, robes de soie ou bijoux, autant de cadeaux pour honorer le raffinement légendaire de cette grande reine au sens du paraître très affirmé.

D’autres iront jusqu’à se prêter au tromba, cette transe les faisant communier avec l’esprit même de l’illustre monarque. Une vénération qui dépasse les siècles et atteste, s’il en était encore besoin, de l’empreinte impérissable laissée par cette figure tutélaire dans l’Histoire de Madagascar.

 

Au-delà des légendes noires

Il est temps, aujourd’hui, de dépasser les légendes noires et les raccourcis faciles qui ont trop longtemps entaché l’héritage de Ranavalona Ière. Cette reine visionnaire et patriote avant tout aura certes usé de méthodes pour le moins controversées et brutales, à la mesure des temps rudes qu’elle traversait.

Mais n’est-ce pas là le propre des grands bâtisseurs que de devoir parfois se salir les mains pour mieux ériger leurs édifices ? La souveraine n’aura fait que défendre avec toute la ferveur du monde l’intégrité de la Grande Île, ce joyau des mers australes qu’elle chérissait tant.

Au lieu de la haïr, les jeunes générations de Malgaches feraient bien mieux d’admirer ce modèle de résilience et de détermination à toute épreuve. Avant d’imiter ce refus de la résignation et ce patriotisme brûlant, seuls remparts contre l’insidieux péril de voir leur riche culture sombrer sous les assauts dévastateurs d’influences étrangères !

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